Un secteur suivi depuis de nombreuses années

 Un objectif essentiel de valorisation des données disponibles et des acteurs du suivi de la filière

 Un outil de veille documentaire, économique et stratégique

 Un outil d’analyse de la compétitivité des différents segments de la filière des pêches maritimes

 

Un secteur suivi depuis de nombreuses années  

Depuis plusieurs années, l’activité de pêche dans la zone maritime ivoirienne fait l’objet de suivis mis en place par un ensemble de partenaires répondant à des logiques et des finalités différentes : Direction des Productions Halieutiques (DPH), Institut National de la Statistique (INS), CRO, IRD  etc.  Ces institutions sont fortement impliquées dans la collecte, le traitement et la validation des données, avec une volonté clairement exprimée d’améliorer la qualité des données collectées et leur valorisation.

De tels suivis statistiques permettent de disposer aujourd’hui d’un grand nombre d’informations (captures et débarquements par espèces et par type de pêche, efforts de pêche, prix pratiqués, caractéristiques des flottilles, importations et exportations de produits de la mer, etc.), qui ne sont pas homogènes et qui ne font pas toujours l’objet d’un traitement systématique. Cette "base" d’informations est fournie mais d’une qualité variable, pas toujours accessible ou synthétique. Il est ainsi difficile d’avoir une vision globale de l’activité pêche et de son évolution au niveau national.

 

Un objectif essentiel de valorisation des données disponibles et des acteurs du suivi de la filière  

Le principal objectif visé par l’observatoire des pêches en Côte d’Ivoire est de coordonner et de compléter l’action des différents organismes assurant actuellement le suivi de cette filière en valorisant les données disponibles et par là même les différents acteurs de ce suivi : professionnels, enquêteurs, scientifiques, etc. L’observatoire ne doit en aucun cas se substituer aux organismes de recherche ou aux institutions ivoiriennes déjà en charge de la gestion des pêches. Il doit être perçu comme un lieu de débat, de concertation et de coordination des efforts de chacun pour produire l’information jugée utile.

 

Un outil de veille documentaire, économique et stratégique  

L’observatoire des pêches en Côte d’Ivoire devrait apparaître finalement comme un instrument de veille documentaire, économique et stratégique, dont le rôle serait de limiter la cécité face aux "signaux faibles" [Faucheux et Hue, 2000]. Dans le contexte de montée en puissance de nouveaux principes à l’égard des problèmes environnementaux, comme le principe de précaution par exemple, illustrés par les recommandations du code de conduite pour une pêche responsable [FAO, 1995], les décideurs publics et privés sont devenus très sensibles à une gestion plus attentive et plus précoce du risque environnemental visant à traquer les "signaux faibles" [Faucheux et Hue, 2000]. Un système de veille efficace, du type observatoire, doit pouvoir repérer ces signaux, qu’ils soient issus de la société civile, de la communauté scientifique, des changements opérés en matière d’innovation technologique ou encore des évolutions réglementaires.

Dans le tableau qui suit sont repris pour l’observatoire des pêches de Côte d’Ivoire ce que pourraient être les différentes méthodes de veille en fonction de l’objet et des objectifs qui leur seront assignés [Piron et Romagny, 2001]. Il faut garder à l’esprit que ces différents niveaux de veille (documentaire, économique et stratégique) ou objectifs possibles sont reliés entre eux et qu’ils peuvent représenter les étapes d’un continuum dans l’évolution d’un système d’information du type observatoire.

  L’observatoire en tant qu’outil de veille         

 

Un système de veille se voit généralement confier un rôle d’alerte auprès des décideurs et des responsables politiques. Il est vu alors comme un outil opérationnel d’aide à la décision, permettant d’éviter des situations de crise (économique, sociale ou écologique). "On parlera alors de veille stratégique dans la mesure où la transmission de l’alerte doit être en prise directe avec le niveau décisionnel, notamment pour des raisons de responsabilité. En effet, le récepteur du "signal faible" est ici le décideur" [Faucheux et Hue, 2000] qui doit disposer drsquo;une information claire, synthétique, actualisée et fiable.

Parallèlement, il s’agirait de mettre en place une veille documentaire. Celle-ci peut prendre diverses formes selon l’objet auquel elle s’applique. Il peut s’agir d’une synthèse raisonnée des connaissances disponibles sur la filière pêche maritime en Côte d’Ivoire, notamment à travers une bibliographie détaillée des travaux scientifiques et un état des lieux des informations statistiques disponibles. Il peut s’agir également d’un catalogue décrivant la biologie des principales espèces pêchées. Une telle veille peut aussi jouer le rôle de courroie de transmission entre les grands projets internationaux de développement et de lutte contre la pauvreté (comme le PMEDP, programme pour les moyens d’existence durables dans la pêche de la FAO) et les communautés ou les groupes d’acteurs concernés.

 

Un outil d’analyse de la compétitivité des différents segments de la filière des pêches maritimes

Le noyau dur de l’observatoire pourrait porter sur l’étude de la compétitivité des différents segments de la filière pêche maritime. La capacité des agents économiques à soutenir la compétition peut s’exprimer par des indicateurs comme les parts de marché (tonnages débarqués, chiffre d’affaires associés) ou le taux de rentabilité d’une unité de pêche ou d’un armement (chiffre d’affaires réalisé toutes espèces confondues ramené aux coûts d’exploitation) par exemple. On parle à ce niveau de compétitivité révélée. Une fois ces indicateurs calculés et validés, il convient alors de rechercher les facteurs explicatifs des différences de performances observées entre acteurs ou segments de la filière. On distingue généralement la compétitivité prix qui s’intéresse à la structure des coûts de production et aux écarts de prix entre les espèces commercialisées par tel ou tel type de pêche, de la compétitivité volume (possibilité de fournir régulièrement un marché à l’exportation par exemple) ou encore de la compétitivité qualité (modes de conservation du poisson, normes sanitaires à respecter tant à l’exportation que sur le marché local, éco-labélisation). Associés à une notion de compétitivité produit, ces deux derniers types de compétitivité sont parfois rassemblés sous l’appellation commune compétitivité hors-prix. Au-delà de ces facteurs explicatifs de type micro-économique, d’autres facteurs plus macro-économiques sont à prendre en compte dans cette analyse en terme de compétitivité, comme le niveau et les variations de la demande en produits halieutiques, ou encore les interventions de l’État dans la filière pêche (fiscalité, réglementation douanière, politique de prix, normes, etc.

 

Les indicateurs de compétitivité

 

Il est donc indispensable de mobiliser de nombreuses données émanant de sources différentes. Celles-ci sont en partie disponibles auprès des institutions ivoiriennes en charge du secteur des pêches (CRO et DPH principalement), des centrales de bilan, mais il faut également avoir recours à des enquêtes de terrain complémentaires. On procède à des enquêtes d’une périodicité variable selon les objectifs fixés a priori (recensements annuels ou pluriannuels des unités et des engins de pêche, enquêtes en routine pour l’estimation des ventes hors-criée, études de marché ponctuelles sur la commercialisation des produits de la mer, entretiens avec les armateurs, etc.). Cette veille économique doit se préoccuper simultanément de l’ensemble des signaux susceptibles de rendre compte d’évolutions significatives au niveau de la recherche scientifique (état de la ressource), mais aussi au niveau des mouvements de la demande sociale, de la technologie et de la réglementation.