Un acteur important dans l’économie nationale  

L’activité de la pêche en Côte d’Ivoire couvre un domaine naturellement vaste comprenant :

-         une zone économique exclusive de 200 milles ;

-         550 km de littoral ;

-         1 200 km2 de plan d’eau lagunaire ;

-         1 760 km2 de retenues d’eau hydro-électriques et hydro-agricoles ;

-         3 000 km de réseau hydrographique (fleuves et rivières) .

 

Régions et départements de Côte d’Ivoire

Réseau router ivoirien

Couverture végétale en Côte d’Ivoire

Groupes culturels et ethniques en Côte d’Ivoire

 

Bien que les ressources maritimes de la Côte d’Ivoire soient limitées en raison essentiellement de l’étroitesse du  plateau continental (550 km de long, 27 km de large) et de la relative faiblesse des phénomènes d’upwelling, le secteur de la pêche au sens large, y compris la transformation et la distribution, joue un rôle important dans l’économie nationale. Malgré tout, l’économie du pays repose encore largement sur les exportations de matières premières agricoles (café, cacao, palmier à huile, bois, fruits tropicaux, coton, etc.). Cette èconomie de plantation a été pendant plus de vingt ans le moteur de la longue période de forte croissance que la Côte d’Ivoire a connue (plus de 7 % en moyenne par an en termes réels entre 1960 et 1980).

Or, pour faire face à une croissance démographique également rapide, les produits halieutiques sont essentiels pour la sécurité alimentaire de la population en tant que principale source de protéines animales consommées dans le pays. Du fait de son prix relativement bas par rapport à celui de la viande, le poisson est accessible aux ménages les plus modestes. Par ailleurs, la qualité des infrastructures routières et le développement de la chaî;ne du froid permettent la distribution du poisson sur toute l’étendue du territoire. En 1998, la consommation de poisson était de l’ordre de 16 kg/habitant/an. Si les tendances actuelles se poursuivent, cette consommation devrait connaî;tre une augmentation constante dans les prochaines années. Malheureusement, la faiblesse de la production halieutique intérieure fait qu’aujourd’hui la Côte d’Ivoire doit avoir recours à des importations massives de poissons congelés, représentant certaines années plus de deux fois la production nationale toutes composantes confondues. Une telle insuffisance chronique a d’ailleurs servi de justification à de multiples interventions publiques dans un secteur où la présence des nationaux est réputée faible au niveau des activités de production. Ces interventions se sont manifestées notamment par l’implication de l’État dans le secteur thonier jusqu’en 1985 à travers la Société Ivoirienne de Pêche et d’Armement (SIPAR), par de nombreux projets piscicoles et aquacoles, ou encore par la volonté "d’ivoiriser" une filière souvent considérée comme un domaine d’investissement peu significatif pour les Ivoiriens.

 

Quelques chiffres clés pour repères  

Avec 121 000 tonnes de thon congelé importé en 2000 [Hervé, 2001], dont les deux tiers sont traités par les conserveries locales, Abidjan est le premier port de pêche du golfe de Guinée pour les débarquements de thons tropicaux. Par contre, il n’est plus le premier port thonier d’Afrique, largement devancé par Victoria aux Seychelles (280 000 tonnes en 2000). Abidjan reste sans doute le premier conserveur thonier d’Afrique avec une production de 47 000 tonnes de boîtes de thon. Au total, l’activité thonière du port d’Abidjan fait vivre jusqu’à 2 600 salariés dans les conserveries et environ 300 dockers maliens spécialisés dans la manutention et le débarquement du thon. Un chantier de réparation navale (Caréna) assure la maintenance des flottilles basées à Abidjan, où l&rsqo;on trouve également plusieurs consignataires et des entrepôts frigorifiques. Dans le cadre des accords de pêche conclus avec l’Union européenne, une cinquantaine de thoniers senneurs, principalement sous pavillon espagnol et fran&ccdil;ais, transbordent leurs cargaisons et approvisionnent trois conserveries qui contribuent largement à l’excédent en valeur de la balance commerciale des produits halieutiques, alors qu’en volume celle-ci est déficitaire.

De son côté, forte d’une trentaine de navires (chalutiers, sardiniers et crevettiers) répartis en une dizaine d’armements spécialisés ou mixtes, la flottille de pêche industrielle en Côte d’Ivoire produit essentiellement du poisson frais (qui peut être ensuite fumé notamment pour les petits pélagiques) destiné au marché intérieur. Ainsi, ce sont plus de 30 000 tonnes de poissons qui ont été débarquées au port de pêche d’Abidjan en 2000. D’un point de vue socio-économique, le secteur de la pêche fraîche représente en valeur plus de 7,5 milliards de FCFA de chiffre d’affaires et emploie directement plus de deux mille personnes. A ces emplois directs s’ajoutent différents métiers liés à l’activité de pêche (mareyeurs, grossistes, détaillants, transporteurs, fumeuses de poisson, etc.).

        Le secteur des pêches dans son ensemble représenterait 70 000 emplois directs et ferait vivre environ 400 000 personnes supplémentaires. Sur le plan nutritionnel, la Côte d’Ivoire consomme actuellement plus de 250 000 tonnes de poisson par an, dont environ 15 % proviennent des armements à la pêche ivoirienne et 70 % des importations de poissons congelés, le reste étant issu de la péche artisanale maritime, lagunaire et continentale.

Organigramme simplifié du secteur des pêches maritimes en Côte d’Ivoire

Tableau statistique des pêches en Côte d’Ivoire de 1980 à 1989 (tonnages)

Tableau statistique des pêches en Côte d’Ivoire de 1990 agrave; 2000 (tonnages)

Productions des pêches industrielles / artisanales en Côte d’Ivoire de 1980 à 2000 (tonnages)

Importations / Exportations de 1980 à 1999 (tonnages)

Tableau statistique des pêches en Côte d’Ivoire de 1980 à 1989 (valeur)

Tableau statistique des pêches en Côte d’Ivoire de 1990 à 2000 (valeur)

Productions des pêches industrielles / artisanales en Côte d’Ivoire de 1980 à 2000 (valeur)

Importations / Exportations de 1980 à 1999 (valeur)

 

Pêche "industrielle" et "artisanale"  

Au niveau de la production maritime, il existe une importante pêcherie piroguiére dite "artisanale", beaucoup plus difficile à étudier que le secteur "industriel" du fait des spécificités inhérentes à cette activité : pêcheurs migrants et sédentaires, multitude de points de débarquements sur le littoral, diversité des engins et techniques de pêche, unités de mesure pas toujours homogènes (cuvettes, tas, etc.), pluri-activité, association étroite entre les activités de production et celles de transformation (fumage du poisson), activités "informelles" pratiquées essentiellement par des non-ivoiriens, etc. Toutes ces caractéristiques rendent beaucoup plus complexe un suivi quantitatif précis de cette activité de pêche artisanale. L’étude détaillée de ce secteur se révèle être cependant essentielle pour comprendre les changements institutionnels passés et récents. "Ces changements concernent trois aspects caractéristiques. Le premier est la dimension éminemment politique de la régulation de l’accès aux ressources (biologiques, matérielles, sociales et institutionnelles) et de leur contrôle. Le deuxième aspect est la mobilité géographique et professionnelle des acteurs et des groupes, souvent non directement associée à la pêche. Le troisième est la três forte intégration aux marchés (locaux, régionaux et mondial) de la pêche artisanale" [Chauveau & al., 2000].

Production de la pêche artisanale de 1980 à 1999 (tonnages)

Production de la pêche artisanale de 1992 à 1999 (valeur)

 

Les catégories "industrielles" et "artisanales" pour la pêche locale ivoirienne, qui ne sont pas dénuées d’ambiguités, relèvent parfois d’une construction des discours officiels et des typologies statistiques pas forcément en adéquation avec les réalités socioéconomiques et historiques du pays. En Côte d’Ivoire, seul le secteur thonier joue véritablement le rôle de "pôle de référence" dans la définition d’une pêche "industrielle". Ce n’est pas un hasard si la pêche dite "industrielle" s’est développée en Côte d’Ivoire dès la fin des années cinquante pour la pêche chalutière, et surtout après la décolonisation, soutenue par un État désireux d’affirmer son indépendance et sa "puissance entrepreneuriale" pour intégrer la pêche industrielle, jusque là métropolitaine, au tissu économique ivoirien. " En fait, au sein de celle-ci, la flottille sardinière et chalutière pourrait fort bien être qualifiée, dans d’autres contextes, d’artisanale, à tout le moins semi-industrielle, et elle dépend largement pour le recrutement de sa main d’œuvre comme pour le traitement (fumage) de sa production pélagique d’agents issus du secteur piroguier (et conservant souvent des liens avec celui-ci). Toujours est-il qu’industrielle, elle est intégrée au jeu de la régulation étatique par opposition à une pêche "artisanale" qui ne l’est pas, étant conçue comme disparue ou en voie de l’être " [Delaunay, 2000].

Production de la pêche industrielle de 1980 à 2000 (tonnages)

Production de la pêche industrielle de 1980 à 2000 (valeur)  

   

Abidjan : Premier port du golfe de Guinée pour le débarquement des thons tropicaux 

Abidjan est le premier port de pêche du golfe de Guinée en terme de débarquements de thons tropicaux. Trois espèces dominent et sont exploitées par une pêche de surface à la senne tournante qui opère dans tout l’Atlantique tropical Est : l’albacore (Thunnus albacares), le listao (Katsuwonus pelamis) et le patudo (Thunnus obesus). Dans le cadre des accords de pêche conclus avec l’Union Européenne et moyennant une contrepartie financière, une cinquantaine de senneurs trans-océaniques, principalement sous pavillon espagnol et fran&ccdil;ais, transbordent leurs cargaisons et approvisionnent trois conserveries.

Le suivi de toutes ces pêcheries est assuré par le Centre de Recherches Océanologiques en partenariat avec l’Institut de Recherche pour le Développement par le biais d’un observatoire thonier basé au port de pêche d’Abidjan. Cet observatoire produit un ensemble de statistiques concernant les captures des thoniers qui fréquentent le port d’Abidjan, mais aussi celles des pêcheurs artisanaux aux filets maillants dérivants. L’observatoire thonier alimente également en informations les groupes de travail de la Commission Internationale pour la Conservation des Thons de l’Atlantique (CICTA/ICCAT), qui publie régulièrement des rapports sur l’état de la ressource thonière rendant compte des délibérations en matière de gestion des stocks. S’il est actuellement difficile d’estimer les proportions de thons capturées par la pêcherie artisanale aux filets maillants dérivants, les quantités débarquées ou transbordées chaque année par les thoniers au port d’Abidjan sur la dernière décennie sont bien connues. En moyenne, près de 140 000 tonnes de thons sont débarquées ou transbordées annuellement à Abidjan par les thoniers fran&ccdil;ais et espagnols avec leurs assimilés de 1988 à 1998. Ces débarquements sont assurés à concurrence de 54,6 % par les espagnols et 45,4 % par les français. 5,8 % seulement de ces captures, s’élevant à 8 073 tonnes ont été réalisées dans la ZEE ivoirienne dont 81,4 % effectués par les thoniers de l’UE. Les quantités de thons destinées aux usines et aux cargos frigorifiques à Abidjan sont composées de 50 % d’albacore, 46 % de listao et 4 % de patudo (Romagny &. al., 2000).

  Exploitation des thonidés par les senneurs européens  

 

Parallèlement au secteur thonier moderne et intégré, une filière locale s’est développée dont l’importance économique et sociale est loin d’être négligeable. Cette filière, apparemment informelle, est connue sous le nom de secteur du " " faux-thon ". Le " faux-poisson " est constitué par l’ensemble des thons qui ne correspondent pas aux normes des conserveries : albacores, listaos et patudos de trop petite taille, abïmés ou mal conservés. Ces poissons sont refusés par les conserveries et ce processus de rejet est à l’origine même du terme " faux-poisson " qui s’oppose aux thons transformés industriellement. Cependant, on trouve également sous cette appellation d’autres espèces capturées par les sennes et qui sont triées et conservées à bord des thoniers. Ce sont en grande majorité des thonidés mineurs (Auxis spp. et thonines Euthynnus alletteratus) appelés couramment ravils.

L’analyse des débarquements de “ faux poisson ” en 1997 montre qu’il est essentiellement composé de 56 % d’auxis, 17 % de patudo, 16 % de thonine et 3 % de listao. Toutes les principales espèces pélagiques associées aux thons sous les Dispositifs de Concentration de Poissons (DCP) et qui forment des captures accessoires se retrouvent aussi dans les débarquements de " faux-poisson " : marlins, voiliers, thazards, poissons bananes, barracudas, balistes, requins. Cette faune pélagique issue de la pêche thonière industrielle n’est pas valorisée à l’exportation. Pour ces espèces, mais surtout pour les thonidés mineurs (auxis et thonines), le marché du " faux-poisson " apparaît comme un moyen de valoriser des captures qui sinon seraient en grande majorité rejetées en mer. En outre, le " faux-poisson " est quasiment la seule fraction des captures de la pêche thonière industrielle vendue directement sur le marché local.

La filière du "faux-poisson"

Des ressources maritimes exploitées constituées de nombreuses espèces pélagiques et démersales  

 

Les principales ressources maritimes exploitées par la pêche sont constituées d’espèces pélagiques et démersales. Les espèces pélagiques comprennent le thon, les sardinelles, les fritures, les maquereaux, les anchois, les chinchards, etc. Le thon des eaux ivoiriennes est surtout exploité par les bateaux de l’Union européenne dans le cadre des accords de pêche. Les espèces démersales se repartissent en fonction de la bathymétrie :

-         à des profondeurs comprises entre 0 et 50 m, on rencontre les Scianidae (ombrine, capitaine, etc.) ;

-         pour les profondeurs comprises entre 50 et 120 m, on trouve les Sparidae (daurade, pageot).

Il y a aussi une pêcherie d’espèces dites lithophiles exploitées dans les fonds rocheux de la partie ouest du littoral. Enfin il y a les espèces du  talus et de la pente du plateau continental (120 à 1 000 m) constituées de crabes, de  requins, etc. Les crustacés font également l’objet d’une exploitation intense.

Liste des principales espèces exploitées en Côte d’Ivoire 

 

Un secteur suivi depuis de nombreuses années  

Le secteur de la pêche en Côte d’Ivoire a fait l’objet depuis de nombreuses années d’un grand nombre d’études et de programmes de recherche [Arfi, 1997] qui n’ont pas, jusqu’à présent, vraiment associé les aspects halieutiques, socio-économiques et environnementaux. Or une telle approche interdisciplinaire apparaît aujourd’hui indispensable pour appréhender le fonctionnement complexe de systèmes d’exploitation halieutiques en zone tropicale. Conscient de l’importance du couplage de ces approches, le Centre de Recherches Océanologiques d’Abidjan (CRO) souhaitait la mise en place d’un programme pour étudier la filière pêche maritime en Côte d’Ivoire en collaboration avec l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD). Ce programme, d’une durée de trois ans (1998-2001), cherche principalement à analyser les formes et les facteurs de compétitivité(ou de non compétitivité) des différents opérateurs et types d’exploitations au sein de la filière pêche maritime [Romagny et al., 2000].

        Or, pour répondre véritablement aux attentes liées à la mise en place d’une politique de développement durable du secteur des pêches en Côte d’Ivoire, il s’est avéré que cette analyse de filière doit déboucher sur la constitution d’une structure pérenne de collecte, traitement et restitution de l’information du type observatoire.

        Il apparaît donc indispensable de doter ce secteur de structures de gestion efficaces et de politiques d’aménagement visant à améliorer la rentabilitédes différents modes d’exploitation et de valorisation des ressources marines, tout en respectant les contraintes imposées par la viabilité des milieux naturels et des écosystèmes aquatiques. Les objectifs généraux mentionnés dans le plan directeur de développement agricole (1992-2015) concernent l’amélioration de la productivité et de la compétitivité, la recherche de l’auto suffisance et de la sécurité alimentaire, la diversification des exportations et des sources de revenus au niveau des exploitants. Plus spécifiquement, pour les productions halieutiques, le plan directeur prévoit le développement des pêches maritimes et lagunaires par l’exploitation rationnelle de toutes les potentialités halieutiques ainsi que la valorisation optimale des plans d’eau intérieurs pour le développement de l’aquaculture. L’efficacité de telles politiques résulte, entre autres choses, de la promptitude des organes d’appui à rechercher des solutions adéquates aux difficultés rencontrées par des acteurs économiques hétérogènes (pêcheurs artisans, armateurs industriels, mareyeurs, transformateurs, importateurs, etc.).

        Face à ces défis et au regard de plusieurs expériences déjà engagées en Afrique (Guinée, Sénégal, Mauritanie, Madagascar, etc.), un certain nombre de réflexions sur l’intérêt de créer un Observatoire de la pêche maritime en Côte d’Ivoire se sont progressivement imposées et ont enrichi la problématique initiale du programme de recherche. Celle-ci a reposé sur une méthodologie classiquement adoptée pour l’analyse de la filière pêche dans les pays en développement : valorisation des données existantes, collecte d’informations complémentaires par des enquêtes de terrain (enquêtes-cadre et suivi en routine de systèmes de production et de commercialisation), constitution de bases de données permettant la saisie, l’archivage et le traitement de l’information, production d’indicateurs (compétitivité, valeur ajoutée, etc.).